Lorsque Jean-Luc Monterosso décide de créer le Mois de la Photo en 1980, il rencontre la même année le célèbre conservateur pour la photographie du MoMA qui lui répond que la jeune photographie française n’existe pas. Plus de trente ans plus tard et après avoir fait de Paris un lieu incontournable de la photographie contemporaine, il nous dévoile, à l’occasion de son départ de la Maison Européenne de la Photographie, sa dernière exposition « La photographie française existe… Je l’ai rencontrée ». Une sélection personnelle qui retrace un long parcours réinscrivant cet art dans notre monde contemporain. Et dans une société aujourd’hui ultra-connectée et saturée d’images, le retour de la photographie contemporaine reprend tout son sens.

Photo by Samuel Zeller on Unsplash

Mais qu’est-ce que la photographie contemporaine ? Il y a tout d’abord la technicité d’une photographie qui, dans la photographie contemporaine, est agrémentée d’une vision conceptuelle. C’est le cas, dès les années 70, des photographies de Bernd et Hilla Becher. Ensuite, derrière son objectif, l’artiste joue le rôle de témoin et acteur. Témoin, parce qu’il immortalise un événement qui se passe sous ses yeux et qui s’inscrit dans l’histoire, l’universalité. Acteur, parce qu’il défend une cause à travers l’œuvre ou en lui donnant un sens détourné de sa signification première. Il nous interpelle, nous questionne, se joue de nous, nous pousse à faire appel à notre esprit critique pour aborder des thèmes et des émotions difficilement cernables sans une maîtrise et un talent artistiques certains. Ainsi, L’exposition « Traverser » de Raymond Depardon nous invite dans un univers empreint de nostalgie, de voyages, de douleur, de calme, de banalité sans éloquence particulière mais chargé d’émotions.

Photo by Samuel Zeller on Unsplash

Aujourd’hui, il existe sur les réseaux sociaux une telle boulimie de photographies instantanées « qu’on ne les voit plus à force de les voir » comme l’explique la sociologue et photographe Gisèle Freund. Sans remettre en cause les nombreux bénéfices du monde digital, il reste essentiel de se poser la question de cette consommation éphémère de l’image. Snapchat, Instagram, Facebook… sont autant de plateformes qui indirectement incitent les internautes à publier d’innombrables photos. Vous ne connaissez pas ces « touristes-paparazzi » qui se ruent sur la Joconde sans même prendre le temps d’en apprécier l’instant réel qu’elle leur offre ? Cette amie avec qui vous déjeunez et qui ne cesse de publier ses « insta food porn » devant son plat qui refroidit ? Cliché ? Pas tant que cela… Si la satisfaction est instantanée, cette consommation frénétique occulte le questionnement, l’introspection qui bâtissent notre conscience nécessaire à notre quête de sens. Et les statistiques sont là, le mal-être plane sur notre société actuelle. Alors, prêts à trouver ce sens dans le spectre d’une exposition de photographie contemporaine ?