Virtualité / Inclusion. Deux mots qui peuvent sembler de prime abord antinomiques. Quand on plonge dans un monde virtuel, on quitte d’une certaine façon le monde réel, on se coupe de celui-ci. Une sorte d’exclusion sociale… Ainsi, la surexposition aux écrans et les troubles associés ont récemment fait émerger la notion (polémique) d’autisme virtuel.

Alors comment la consommation si décriée d’environnements virtuels peut-elle servir l’inclusion ? Nous nous pencherons sur le cas particulier de la réalité virtuelle…

Une première réponse se situe du côté médical, notamment en matière de troubles psychiques. Comme le souligne la 30èmeédition de la semaine d’information sur la santé mentale qui a débuté le 18 mars, les multiples technologies numériques disponibles sont souvent utilisées au bénéfice de la santé mentale. On parle alors d’e-santé mentale, définie par l’OMS comme « les services du numérique au service du bien-être de la personne ».

Cela englobe la réalité virtuelle appliquée aux soins des personnes atteintes par exemple de TOC, de phobies ou d’addictions. Des vidéos immersives tournées à 360° simulent la présence physique de l’utilisateur dans un environnement donné. Elles permettent à la personne d’expérimenter virtuellement, en toute sécurité, de façon contrôlée, des situations anxiogènes sources de handicap dans sa vie quotidienne. Elles permettent également d’amener la décroissance progressive de l’anxiété au fur et à mesure de l’exposition. L’enjeu est évidemment que ces vidéos à visée thérapeutique conduisent à une application dans la réalité et ainsi à une amélioration de la qualité de vie. Certaines pathologies mentales peuvent engendrer chez les personnes atteintes un isolement total ou partiel destiné à se soustraire des environnements sources d’angoisse… Cette utilisation de la réalité virtuelle leur offre la possibilité de revenir dans notre société.

Mais le bénéfice en matière d’inclusion se joue aussi sur un autre terrain. En effet, la réalité virtuelle peut servir la sensibilisation en permettant à des individus de prendre la place de personnes souffrant de troubles psychiques (soit sous forme de spot, soit sous forme expérientielle avec des casques – exemples : LABYRINTH PSYCHOTICA, Réalité virtuelle et schizophrénie – lien 1, lien 2, soit par le biais d’Internet). Un moyen qui sera appliqué par l’agence E&H LAB dans le cadre de sa prochaine campagne de sensibilisation, CHAOS. Cette approche est également utilisée pour d’autres handicaps tels que les déficiences visuelles ou encore le handicap moteur, mais également pour les SDF, les réfugiés

Dans tous les cas la démarche est la même. Il s’agit, par un changement de perspective, d’aider à mieux comprendre les situations d’autrui, prendre conscience de ses difficultés, éveiller les consciences, changer les regards, déconstruire les préjugés pour in fine faciliter l’intégration, les échanges et la vie en société des personnes concernées. Certains voient ainsi la réalité virtuelle comme une machine à empathie !

Les expériences immersives sont-elles alors LA solution pour la construction d’un monde meilleur car plus inclusif ? Il est très tentant de le croire. Toutefois, il convient de préciser que ces dispositifs immersifs ne donnent qu’une vision partielle de la réalité, et ne vont pas nécessairement provoquer les angoisses, les émotions que vivent les personnes directement concernées. En effet, ils simulent l’environnement des individus, mais pas leurs expériences psychologiques, leurs ressentis… Par ailleurs, ils font vivre une expérience courte, contrôlée, que l’on peut arrêter quand on le souhaite, ce qui n’est pas le cas dans la réalité des sans-abris ou encore des personnes en situation de handicap (http://www.internetactu.net/a-lire-ailleurs/de-la-realite-virtuelle-et-de-lempathie).

Malgré ces limites, la réalité virtuelle reste un bon moyen pour faire passer des messages inspirants, rapprocher les gens, développer un comportement prosocial. Et finalement, se soucier de l’Autre n’est-ce pas la base d’une démarche inclusive réussie… ?!

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